La transmission des savoirs en mathématiques et en sciences était au cœur de la table ronde organisée en commission à l’Assemblée nationale le 18 janvier dernier. Que reste-t-il des 2 heures d’échanges ? Interdisciplinarité, meilleure formation initiale des enseignants et davantage d’heures dispensées en sciences dans le secondaire font consensus. Dans une actualité où les élèves de 6ème perdent une heure d’enseignement de sciences l’an prochain, ces propositions semblent très loin de la réalité actuelle des dotations horaires. « Le manque de stratégie et de planification dans l’Education nationale » est pointé du doigt.
« Une réforme du lycée à rebours des enjeux contemporains »
Chaque année, on grignote des heures !
Dans le contexte de la suppression de l’heure de technologie en classe de 6ème, Didier Roux se dit « affolé car cela va détruire un dispositif issu des EIST (enseignement intégré des sciences et technologie) ». Il est vrai que pendant des années, l’Académie des sciences a eu l’oreille des différents ministres pour finalement imposer son dispositif en 2016 « Sciences et technologie » au cycle 3, dispositif qui avait l’avantage (côté RH) d’interchanger les enseignants lors des répartitions horaires… Le dispositif EIST testé dans son intégrité dans les « collèges pilotes » disposait d’une heure de concertation par enseignant concerné pour mettre en place les projets. Cette heure a disparu voire n’a jamais existé dans les 7000 collèges français. Didier Roux regrette d’ailleurs que « l’Éducation Nationale passe son temps à défaire ce qu’elle a fait en restreignant les moyens. Chaque année, on grignote ! ». Enfin, il est à noter que certaines évaluations de l’EIST effectuées par la DEPP n’ont pas montré de progrès significatifs. « Les enfants sont extrêmement actifs en sciences à l’école primaire. C’est sur ce terrain que se forment les futurs citoyens », lance le président de la fondation qui souhaite aussi « des sciences en maternelle ».
La lutte contre les infox
Marc-André Selosse, président de BioGée, apporte son expertise sur l’enseignement des sciences de la vie et de la Terre. Le spécialiste rappelle l’ensemble des points déjà détaillés au Café pédagogique le 3 janvier dernier. Sur la question des horaires, Marc-André Selosse relève dans le secondaire 680 heures de mathématiques, 306 de physique-chimie et 270 de SVT dans le tronc commun. « C’est problématique ! ». Demandant une revalorisation des horaires en SVT, le professeur, qui se déplace régulièrement dans les lycées, souligne aussi le « problème de la Terminale qui oblige à arrêter une spécialité. On a vu baisser de 50% l’enseignement de SVT en terminale ! »
M Selosse rappelle que plus de la moitié des fake news concernent la santé. « La seule façon de faire est de construire une méthode qui occupe l’espace avant qu’arrivent les rumeurs. On a donc besoin très tôt d’enseigner les sciences ! ».
Parmi les remarques des élus présents, Hendrik Davy (Nupes) souhaite « un retour à une organisation du lycée qui avait fait ses preuves et fondée sur des groupes d’élèves et des équipes pédagogiques stables. Il faut profiter de la baisse du nombre d’élèves pour augmenter le taux d’encadrement ». Sur les mathématiques et la réforme du lycée, la députée Béatrice Descamps (UDI) et ancienne enseignante rappelle que ces alertes avaient déjà été faites lors de la mandature précédente…
Julien Cabioch
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