Marie-Pierre enseigne en grande section de maternelle : Mais là c’est une histoire plaisir ou un album sur lequel tu travailles ? Parce que je vois que tu lis une page et puis tu retournes l’album pour montrer les images. Donc les enfants ils ont l’image quasi immédiatement après avoir écouté le texte. Moi si c’est une histoire plaisir, soit je lis le livre et je montre les images en même temps, parce que à ce moment là l’illustration soutient le texte et y’a des infos que tu as dans l’image et pas dans le texte aussi. Soit je lis mais je ne montre aucune image. Je fais avec les albums comme on fait avec les livres de contes. Ça frustre un peu les enfants et y’en a même qui essayent de se pencher pour regarder les dessins sur mon livre.
Mais à ce moment ce que je recherche c’est que les enfants imaginent les personnages, les lieux tout ça, dans leurs têtes. Je fais ça avec des bouquins que je prends de chez moi parce que ceux de la classe c’est biaisé. Souvent ils l’ont déjà lu. Ou alors une année je m’étais aperçu que pendant la garderie la dame leur lisait les livres de ma classe donc après les enfants ils connaissaient en fait. En tous cas je lis rarement, je crois, le texte puis l’image comme tu fais. Et puis si c’est un album qu’on exploite en classe alors ce n’est pas pareil, tout est imaginable. Même montrer d’abord les images sans le texte et les faire imaginer ce qui se passe dans l’histoire que tu lis après. D’ailleurs tu dis dans la vidéo que tu lis l’histoire, mais en fait tu la racontes non ?
« Moi lire à l’envers là je ne sais pas faire. Donc oui je lis la page et je montre le dessin après »
Maude : Alors oui, là c’est une histoire plaisir comme tu dis. Et je lis mais j’interprète aussi car j’aime ça. C’est un moment plaisir pour moi aussi et j’aime raconter une histoire en mettant le ton et même parfois c’est vrai je rajoute ou j’enlève des choses selon comme ça me vient, pour que ce soit plus compréhensible pour les enfants. Tu le vois quand il y a besoin de soutenir l’histoire par une forme personnelle de narration. Avec mon mari on a une association de théâtre et j’ai toujours aimé interpréter. Et ce n’est pas grave si ce n’est pas pile poil le texte. Après les illustrations c’est vrai je n’y ai pas pensé. Moi je montre toujours les images au fur et à mesure car je vois bien que c’est ce que les enfants attendent. Et puis moi lire à l’envers là je ne sais pas faire. Donc oui je lis la page et je montre le dessin après.
Et c’est vrai qu’il faut se méfier car parfois les illustrations ne sont pas raccord avec le texte ou bien il y a des infos qui se rajoutent. Même parfois il y a 2 illustrations sur la page donc tu donnes des infos en avance aux enfants et ça court-circuite la cohérence et la fluidité du texte. Mais là ce sont des bouquins que je connais bien. Même très bien. J’ai un stock de livres que j’ai lu et relu… la plupart viennent de chez moi et étaient à mes filles donc tu penses que je les ai lus et relus. Et je n’ai jamais eu l’impression que c’était gênant pour les enfants d’avoir à écouter une lecture puis regarder une image, et ainsi de suite.
Le mot du chercheur : l’échange est assez long entre Maude et Marie-Pierre et il témoigne de la grande professionnalité logée dans le fait de lire une histoire, à l’école. Lire une histoire à ses élèves est une activité professionnelle, avec des buts et des motifs liés à l’institution scolaire et ce n’est pas la même chose que de lire une histoire à ses enfants. Bien que n’ayant pas la même manière de faire, les deux enseignantes font vivre, au travers d’une controverse, les gestes de leur métier.
Frédéric Grimaud
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