Voilà maintenant plusieurs mois que j’enseigne en maternelle, l’occasion pour moi d’en apprendre davantage sur le rôle central des agentes spécialisées des écoles maternelles (ATSEM). Je dis bien “agentes”, parce que le nom de cette fonction se doit d’être féminisé au vu des 99,7%[1] de femmes qui la composent. Ces spécialistes, comme leur nom l’indique, sont de véritables piliers de nos classes, faisant figure de référence pour les élèves au quotidien. Cependant, leur rôle reste encore trop peu (re)connu.
Un tandem prof – Atsem
Au sein d’une classe, l’enseignant est souvent identifié comme la personne de référence. Or, la préparation et la construction de cet espace, des activités, du rapport avec les enfants, de la gestion du groupe, ne seraient pas les mêmes sans l’ATSEM. En effet, elle me permet souvent de décentrer le regard, de prendre conseil auprès d’une personne qui me suit au quotidien et connaît la même réalité de la classe, avec en prime une présence là où je ne suis pas, notamment sur la pause méridienne, qui permet un suivi plus étayé de chaque élève. Ce que l’on ne voit pas, elle peut parfois le repérer, et inversement. Elle est également essentielle à la mise en place de la différenciation au sein d’une classe, grâce à sa capacité à prendre en charge un groupe d’élèves, permettant ainsi à l’enseignant de se concentrer sur ceux qui seraient plus en difficulté. Bref, je forme avec l’ATSEM avec qui je partage la classe un tandem, un binôme, qui rassemble nos compétences respectives pour les mettre au service des élèves afin de leur donner les meilleures conditions possibles.
Deux adultes dans la classe
La présence d’un second adulte au sein d’une classe est toujours un atout afin d’avoir un regard réflexif sur sa pratique mais aussi de pouvoir mieux accompagner les besoins de chacun des élèves, tout en partageant cette expérience, brisant ainsi la solitude que peut ressentir un enseignant seul face à sa classe. Cela est d’autant plus le cas lorsque cet adulte est spécialisé dans ce domaine, comme les ATSEM. Elles en connaissent les contours, les nécessités, le rythme, les indispensables tout au long de la journée. Ce sont d’ailleurs avec elles que les élèves passent le plus de temps, de l’accueil en classe au départ de fin de journée, en passant par la cantine et la sieste, parfois même pendant le temps périscolaire. Elles suivent donc chaque élève pas à pas, et connaissent leur fonctionnement à l’intérieur mais aussi en dehors de la classe.
Des conditions de travail difficiles
Ce rôle, ô combien primordial pour chacune des écoles maternelles, est cependant sujet à des conditions de travail souvent difficiles, sur des amplitudes horaires larges, avec une pause minime. Les ATSEM restent le plus souvent debout, répétant des gestes éprouvants sur la durée (port de charges, d’enfants, nettoyage des locaux), sont parfois exposées à des produits d’hygiène chimiques, dans une carrière qui commence parfois très jeune. Selon un rapport de la Fédération Nationale des Centres de Gestion de la Fonction Publique, l’exercice de cette fonction a de véritables conséquences sur leur santé, et les affections articulaires ainsi que les soucis de santé dermatologiques, notamment suite à des allergies, sont particulièrement répandus au sein de ce métier.
Une posture difficile
D’autre part, leur posture n’est pas la plus aisée à tenir. Il faut à la fois écouter les besoins des enseignants dans le cadre de la conception des activités pédagogiques, être sous l’autorité fonctionnelle de la direction de l’école durant le temps scolaire, tout en ayant pour supérieur hiérarchique la collectivité territoriale qui les emploie[2]. Une double, voire triple, parole, qui peut parfois créer des contradictions en cas de dissensions ou de confusions entre plusieurs de ces parties, et par conséquent générer du mal-être au travail. Enfin, des risques psychiques existent, par la sollicitation continue que suscitent les élèves et le bruit que cela peut engendrer, mais également à cause du manque de reconnaissance de ce métier.
Des missions bénévoles
Cette reconnaissance passe par un travail sur le volet financier certes, mais également moral et sociétal afin de renforcer leur place au sein de la communauté éducative. D’abord par la rémunération qui, malgré l’élargissement progressif de leurs missions ces dernières années, n’a pas été revalorisée de manière significative. Par ailleurs, au vu de leur place au sein de la classe, il serait pertinent que certaines des formations des ATSEM soient réalisées avec les enseignants. Chaque classe aurait à y gagner en termes de pédagogie et de compréhension mutuelle du fonctionnement de chacun, tout en reconnaissant le rôle pédagogique des ATSEM. Une démarche et un travail d’harmonisation qui permettrait une véritable montée en compétence et rendrait d’autant plus légitime leur place auprès des enseignants au sein des différentes instances de suivi des élèves. Aujourd’hui réalisées pour certaines d’entre elles, mais souvent de manière bénévole, ces missions seraient rendues possibles par la création d’un capital-temps dédié semblable à celui des enseignants, permettant de participer à ces réunions, comme le préconise le rapport de l’Inspection Générale de l’Education Nationale et de l’Inspection Générale de l’Administration à propos des ATSEM[3].
Tout enseignant exerçant en école maternelle pourra vous dire combien l’ATSEM présente au sein de la classe est essentielle à son quotidien, mais aussi à quel point ce métier souffre d’un manque de reconnaissance criant. Trop peu rémunérées, avec des conditions de travail difficiles que cela soit en termes sanitaire ou psychologique, les ATSEM doivent être revalorisées. Finalement, elles aussi, ont choisi un métier qui visait un idéal, celui d’une éducation pour toutes et tous tournée vers le bien-être de chaque élève. Alors faisons-les participer pleinement à la construction de celui-ci.
Boris Chiron
[1] Les Agent(e)s Territoriaux Spécialisé(e)s des Écoles Maternelles Rapport FNCDG, 23 février 2017
[2] Les missions des agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles (ATSEM)
Rapport IGEN-IGA n° 2017-068, juillet 2017
[3] Ibid.
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