Le rectorat de Paris a annoncé la suppression de la quasi-totalité des heures de « marge » allouées aux dispositifs UPE2A (Unité Pédagogique pour les Elèves Allophones Arrivants), NSA (élèves Non Scolarisés Antérieurement) et ULIS (Unité Localisée pour l’Inclusion Scolaire). La région Ile-de-France et la préfecture ont également annoncé la fin du Dispositif lycéen qui héberge 108 élèves de lycée professionnel. Pourtant la ministre Borne a déclaré, lors de sa conférence de presse du 17 janvier, que le collège est une priorité, qu’elle souhaite favoriser l’école inclusive et « accompagner les élèves les plus fragiles ».
Fin du Dispositif lycéen à Paris : 108 élèves dans la rue ?
La préfecture de la région Île-de-France a annoncé au rectorat la suppression du Dispositif Lycéen. Ce dispositif a été mis en place il y a dix ans pour offrir un hébergement aux lycéens scolarisés en situation de grande précarité. À ce jour, 108 lycéens en bénéficient à Paris. Ils seront envoyés en région. Pour les associations et syndicats, cette situation va créer une rupture administrative et une rupture de scolarité. Pour la FCPE, « cette décision met gravement en péril leur avenir et leur parcours d’insertion », elle dénonce une « expulsion imminente (qui) les plongerait dans une détresse inacceptable » et appelle à une mobilisation forte et solidaire. Les associations et personnels craignent par ailleurs que certains élèves soient hébergés dans des centres inadaptés à leur âge ou leur statut de lycéen. Ils dénoncent la politique de l’Etat qui exclut les plus précaires et fragiles, pointant la fin du Dispositif lycéen. Des centaines de mineurs isolés qui occupent la Gaité Lyrique depuis plusieurs mois sont en attente de scolarisation.
Perte d’heures pour les UP2A et ULIS
L’académie de Paris a annoncé la suppression de 8 heures « de marge » pour les 30 UP2A (Unités pédagogiques pour élèves allophones arrivants) de collèges et une baisse de 4 heures pour les dispositifs ULIS. Cette décision atterre de nombreuses équipes pédagogiques qui se demandent comment elles pourront accompagner les élèves correctement. Ces heures « favorisent l’inclusion en classe ordinaire par un accompagnement spécifique. Cela permet aux élèves allophones et en situations de handicap d’acquérir le français de scolarisation et des compétences essentielles à leur insertion et leur réussite future » expliquent des personnels dans un communiqué.
La baisse des effectifs permet d’accueillir les élèves dans des classes ordinaires, justifie le rectorat. Les personnels, eux, rappellent les besoins spécifiques des élèves pour une inclusion réussie tout comme la difficile inclusion sans accompagnement pour les enseignants.
« Les élèves d’UPE2A et d’ULIS sont ceux qui ont le plus besoin d’être accompagnés »
Les heures supprimées permettent aux élèves d’apprendre du lexique, des méthodes, et de mieux comprendre le système scolaire français explique une enseignante. Pour les personnels réunis en AG, « les élèves d’UPE2A et d’ULIS sont ceux qui ont le plus besoin d’être accompagnés. Beaucoup d’élèves d’UPE2A vivent dans des conditions de précarité extrême, ils ont souvent vécu des scolarités chaotiques auparavant, ces enfants sont parfois porteurs de traumatismes importants, conséquences de leurs parcours migratoires ou des raisons qui ont poussé leurs familles à partir. Les élèves inscrits en ULIS ont généralement eu un parcours scolaire semé d’embûches et certains d’entre eux cumulent les vulnérabilités. De plus, certains élèves sont à mi-temps entre le collège et une structure médicale (IME, hôpital de jour…). D’autres, ont une notification MDPH pour une structure médicale à temps complet mais, faute de place, ils sont accueillis au sein des dispositifs ULIS. Pour ces derniers, l’inclusion en classe ordinaire demeure particulièrement complexe. »
Pour l’équipe pédagogique d’un collège REP parisien « le rectorat de Paris s’attaque à des élèves dont les parents, souvent non-francophones ou peu scolarisés, n’ont pas la possibilité de se défendre ou de contester les décisions prises. Il refuse également le dialogue social car il a déclaré ne recevoir aucune audience provenant des personnels de l’Education Nationale. »
Djéhanne Gani
