Si, depuis 2003, la journée franco-allemande est célébrée le 22 janvier, l’heure n’est pas toujours à la fête pour celles et ceux qui enseignent la langue du partenaire dans les établissements scolaires, son apprentissage étant en recul de part et d’autre du Rhin. En France, 13,5% d’élèves apprennent l’allemand à la rentrée 2023 dans le second degré, 2,7% dans le primaire. Les conditions d’enseignement avec des regroupement de classes, des services partagés sur plusieurs établissement engagent une moindre attractivité pour les professeurs.
Une chute vertigineuse du nombre d’élèves
Que célébrer si ce n’est la chute vertigineuse des élèves qui choisissent l’allemand ? Pour l’ADEAF, l’hémorragie des effectifs se confirme depuis 2019. L’association pour le développement de l’enseignement de l’allemand en France (ADEAF) prévoit une perte annuelle de 33 000 élèves. Pour elle, « sans action corrective, les effectifs totaux vont décroitre avec une perte de 200 000 élèves en 6 ans ».
Les effectifs d’élèves qui choisissent l’allemand en 6ème LV1 ont baissé. En 2007, 62 500 élèves étaient inscrits contre 29 377 élèves en 2022, soit plus de deux fois moins d’élèves en 15 ans. Un net décrochage s’est opéré en 2016, avec la réforme des classes bilangues. Une note de l’ADEAF constate que « l’introduction de la LVB en 5e a conduit à une baisse des effectifs en 6e sans aucun gain sur les effectifs de la 4e à la Terminale. » Le nombre d’élèves en allemand LV1 a été divisé par quatre en 30 ans, selon l’Association pour le développement de l’enseignement de l’allemand en France (Adeaf).

CAPES d’allemand 2023 : plus de la moitié de postes non pourvus
En 2023, 58 % des postes de professeur d’allemand n’ont pas été pourvus au CAPES. Le nombre de postes ouverts à la session 2024 a nettement diminué, passant de 164 à 101 postes.
Des services sur plusieurs établissements
Depuis la réforme du collège en 2015, le volume horaire des enseignants d’allemand a baissé puisque les élèves ont 2,5 heures sur 3 ou 4 classes de collège. Avant, un élève en LV1 avait 3 heures par niveau, voire 4 heures en 6eme. Davantage de professeurs effectuaient leur service sur un établissement. Avec la baisse du volume horaire par établissement des professeurs d’allemand, les services partagés se sont multipliés. Cette dégradation des conditions de travail a également rendu le métier moins attractif.
Place et choix des langues des familles
Les langues ne sont pas placées au cœur des parcours, ce qui les rend moins importantes pour les familles, pour qui l’anglais reste bien sûr incontournable. La part de la stratégie scolaire des familles est également un élément explicatif du choix qui se portait sur l’allemand afin que leur enfant soit dans la « bonne classe ». Aujourd’hui, avec des classes mixtes germanistes-hispanistes la stratégie est différente et l’évitement de l’allemand plus fréquent. L’allemand a conservé sa réputation d’être une langue difficile et élitiste. Retour de bâton d’une politique élitiste que paient très cher les professeurs d’allemand et l’enseignement de la langue allemande.
Un appel pour l’allemand
L’ADEAF lance « un appel pour un engagement concret du Ministère de l’éducation nationale avec une véritable politique volontariste pour l’apprentissage scolaire de l’allemand. Nous demandons l’attribution de moyens spécifiques pour garantir et pérenniser au collège une offre d’allemand de qualité, et notamment un parcours bilangue allemand/anglais attractif pour les familles. » Au-delà des aspects d’ouverture culturelle et de respect de la lettre comme de l’esprit du Traité de l’Elysée, l’association plaide pour son intérêt stratégique, rappelant que la langue allemande est très demandée sur le marché de l’emploi.
Djéhanne Gani
Thérèse clerc de l’ADEAF : « La situation de l’allemand est alarmante »
