Derrière les moyennes de PISA, les moyens de l’Ecole
PISA ne dit pas combien d’élèves sont dans les classes, comment sont recrutés et formés les enseignants, quels moyens sont donnés aux établissements qui concentrent les difficultés, ni quel temps est réellement consacré aux apprentissages, ou quels contenus sont enseignés et comment.
Surtout, les classements ne doivent pas masquer l’essentiel : la France reste marquée par de fortes inégalités sociales et scolaires. Derrière la moyenne, il y a donc une question majeure : qui réussit, qui échoue et pourquoi ? Alors oui, il faut regarder PISA. Mais il faut surtout regarder derrière PISA. Quelle formation pour les enseignants, et quelle rémunération ? Comment recruter et accompagner les débutants ? Quels moyens pour les établissements qui concentrent les difficultés ? Combien d’élèves par classe ? Quels personnels pour les accompagner ? Quels locaux ? Quelle stabilité des équipes ? Quels programmes ? Quelle place pour les parents ? Et surtout, quelle politique sociale pour lutter contre la pauvreté et les inégalités qui pèsent si fortement sur la réussite scolaire ?
Des questions de politiques éducatives
Le problème est aussi politique. À chaque publication, PISA devient un instrument politique : un chiffre pour proclamer l’échec, puis une réforme pour prétendre y répondre. Hier le « choc des savoirs » avec le ministre Gabriel Attal, demain peut-être une nouvelle « révolution » pédagogique ou annonce politique. Le classement tient lieu de diagnostic, et le diagnostic tient lieu de politique.
Mais s’inspirer d’un pays mieux classé ne consiste pas à copier sa méthode ou son programme, qui s’inscrivent dans des cultures. Un des pays en tête des dernières éditions est Singapour, au système ultra compétitif, d’orientation précoce. Ce que nous pouvons regarder, ce sont les marqueurs derrière le classement : quels enseignants, quelle formation, quel budget pour l’éducation, quelle organisation, quelle politique sociale. Certains marqueurs comme l’origine sociale, les absences des enseignants, l’accompagnement des familles sont renseignés dans l’enquête.
Et il reste une question que les tableaux PISA ne peuvent pas encore trancher : à l’heure où l’intelligence artificielle peut produire un devoir en quelques secondes, qu’apprendre, comment enseigner et que continuerons-nous à évaluer ?
Peut-être est-ce là que commence le véritable débat sur l’École. Avec des questions.
Djéhanne Gani
