C’est un tsunami, un #meetoo des violences dans les établissements catholiques sous contrat, qu’appellent de leurs vœux les victimes. Jeudi 20 mars 2025, la commission d’enquête parlementaire a entamé ses auditions avec les témoignages des victimes. Pendant plus de deux heures, huit représentants de collectifs ont relaté les violences subies par de nombreux élèves survenues dans des établissements d’enseignement catholique. Parmi leurs revendications figurent l’imprescriptibilité des violences commises sur les enfants et une prière formulée par Constance Bernard : « je vous en supplie ne laissez pas le sujet s’éteindre ».
« Nous assistons à une sorte de tsunami […] ; le mur commence à se fissurer »
« A Bétharram, c’était la terreur » déclare l’ancien élève Alain Esquerre, dans son propos liminaire face à la commission d’enquête sur « les modalités de contrôle par l’État et la prévention des violences dans les établissements scolaires publics et privés ». Cette commission présidée par la députée Fatiha Keloua Hachi (PS)et ses deux co-rapporteur.es Violette Spillebout (Renaissance) et Paul Vannier (LFI) devrait rendre ses conclusions fin juin. Le collectif de Bétharram a libéré la parole. Depuis c’est un déferlement de témoignages de violences. De nombreux collectifs se constituent, parmi les ceux qui sont auditionnés, plusieurs n’avaient pas un mois d’existence. Les témoignages affluent, affirment les représentants de victimes de Notre-Dame du Sacré-Cœur à Dax, de Notre-Dame de Garaison en Bigorre, Saint François Xavier à Ustaritz (Pyrénées-Atlantiques), Saint Dominique à Neuilly sur Seine, la communauté de Riaumont et les Filles du Bon Pasteur. Pour le co-rapporteur Paul Vannier, « nous assistons à une sorte de tsunami […] ; le mur commence à se fissurer ».
« Tout le monde savait, personne n’a rien fait »
Les témoignages sous serment de terribles violences, parfois insoutenables se succèdent. Les représentants de collectifs ont décrit des sévices subis, des « surveillants qui savaient ». Evelyne Le Bris pour le collectif des victimes du Bon Pasteur d’Angers dit que « les bonnes sœurs n’avaient rien de bon, elles nous martyrisaient », « ça vous démolit pour la vie entière ». Ils évoquent les effets de ses violences physiques, psychologiques, sexuelles : des maladies, des cancers, des amnésies traumatiques, des dépendances à l’alcool, des suicides.
La fin de l’omerta : « ce qui nous unit, le manque de courage des adultes qui savaient »
Evelyne Le Bris a souligné la souffrance silencieuse de milliers de jeunes filles : « Des milliers de filles n’ont jamais rien dit parce qu’elles ont trop honte, se sentent trop humiliées ». Le témoignage de Bernard Lafitte, du collectif de Notre-Dame du Sacré-Cœur de Dax va dans le même sens : « C’était tabou. Mes parents sont morts, ils ne l’ont jamais su. J’en ai parlé à mon épouse il y a trois semaines, après 50 ans de mariage ».
« Ce qui nous unit, c’est le manque de courage des adultes qui savaient, […] on va faire du bruit maintenant, c’est fini » déclare Constance Bernard qui représente les victimes de Saint-Dominique de Neuilly-sur-Seine. Pour elle, l’omerta, « est le fonctionnement de toutes les écoles privées sous contrat catholiques, […] il ne faut pas atteindre la réputation ». Elle pointe l’absence de traçabilité des agresseurs comme leur protection par les directions successives ou leur exfiltration. Un ancien agresseur de Bétharram s’est retrouvé dans son école. Au sujet de leurs détracteurs, Bernard Lafitte précise qu’ils « attaquent les prédateurs. […] ce sont les prêtres qui font du mal à l’Eglise, pas nous ».
Durant l’audition, Gilles Parent a levé son poing en l’air, la main recouverte d’un gant blanc : « Par solidarité envers les victimes, […] « j’ai honte pour mon pays ».
« Un trou dans la raquette »
Alain Esquerre salue les révélations de la presse : « ça en dit long sur le rôle de l’Etat » affirme-t-il, parlant de « trou dans la raquette ». « On en est à créer des pauvres pages facebook » déplore-t-il. Ce sont justement ces trous que veulent combler et comprendre les rapporteur.es avec cette commission, pour comprendre les défaillances des services de l’Etat explique le co-rapporteur Paul Vannier (LFI).
Une violence systémique « de bas en haut »
Didier Vinson a dénoncé une violence systémique, de bas en haut. Les professeurs étaient recrutés pour leur violence, et les parents choisissaient ce système éducatif, rappelle-t-il : « les parents nous mettaient là pour ça », « le diocèse devait savoir, tout le monde le savait ». Constance Bertrand souligne aussi la responsabilité des adultes, rappelant que des enfants ont parlé, mais n’ont pas été écoutés. Dans sa déclaration à la sortie de l’audition, Alain Esquerre le dit aussi : « les victimes ont toujours parlé, […] des écoles ont été de s lieux de souffracne, car on pensait que pour réussir il fallait violenter la jeunesse, casser les fortes têtes, mâter l’enfance au nom de la réussite. Tout le monde savait et tout le monde s’est tu ». Les collectifs demandent l’imprescriptibilité des crimes contre les enfants, l’encadrement strict des internats, l’application des 82 mesures recommandées par la Ciivise.
A l’issue de la première audition, la co-rapporteure Violette Spillebout (Renaissance) déclare « on est au jour 1 » et « on a le devoir d’être à la hauteur de l’espoir qui est en train de naitre ».
Djéhanne Gani
